Jeudi, le ministre
des finances allemand a déclaré que « la
France serait contente que quelqu’un force le Parlement, mais c’est difficile,
c’est la démocratie », vantant les réformes « très réussies » de l’Espagne. Des
propos qui ont suscité un tollé et révélateurs à plus d’un titre.
Arrogance
totalitaire et antisociale
Les
propos de Wolfgang Schäuble sont graves à plus d’un titre. D’abord, ils
sont bien peu diplomatiques et assez inadmissibles dans le cadre traditionnel
de l’amitié franco-allemande. Comment travailler avec une personne qui tient de
tels propos publics ? Ensuite, il est tout assez effarant qu’il vante les
réformes « très réussies »
de l’Espagne. Comme ne pas y voir, au mieux, une déconnexion totale du
réel, au pire, un mépris tout aristocratique vis-à-vis d’une population
espagnole qui
vit avec un quart de la population au chômage et qui offre à ses jeunes pour
avenir immédiat l’absence d’emploi pour près de la moitié d’entre eux. Bien
sûr, cela baisse maintenant, mais en 2007, le taux de chômage était à 8%.
Mais outre
le fait d’être anti-social, le propos du ministre allemand est aussi
profondément antidémocratique. En effet, il parle tout de même de « forcer
le Parlement » et pointe, semble-t-il avec une forme de regret,
que « la
démocratie est difficile », comme s’il pensait qu’une bonne
autocratie était finalement plus efficace que le fait de laisser au peuple et à
ses élus un mot à dire dans la marche du pays. Ce n’est peut-être pas
totalement étonnant de la part d’un pays qui a sorti sa politique monétaire du
cadre démocratique, mais en est d’autant inquiétant et révoltant qu’il s’agit
de facto de ce que pense une partie des élites, comme
le notait bien Emmanuel Todd dans son livre « Après la démocratie ».
La double
face du Parti Socialiste
D’ailleurs,
c’est ce que Wolgang Schäuble a dit : « si
vous en parlez avec mes amis français, que ce soit Michel Sapin ou Emmanuel
Macron, ils ont de longues histoires à raconter sur la difficulté à convaincre
l’opinion publique et le Parlement de la nécessité de réformes du marché du
travail ». Même si le ministre des finances a répliqué aux propos
de son homologue allemand, sa réponse confirme ce qu’il a dit, comme le dit
Jean-Luc Mélenchon pour qui ces propos « illustrent
la nouvelle arrogance allemande à l’heure où elle domine l’Europe, qu’elle met
en coupe réglée (…) encouragé par les pleurnicheries des ministres français qui
se plaignent auprès de lui de leurs propres compatriotes ».
Les propos
de Wolfgang Schäuble sont scandaleux et démontrent l’arrogance que l’UE donne à
l’Allemagne. Mais ils révèlent également l’attitude servile de nos gouvernants,
et pire encore, une forme de critique de la démocratie extrêmement choquante
qui révèle le côté totalitaire de la pensée dominante.
Il est grand temps qu'ils aient un interlocuteur francais avec des couilles et qui n'ait pas peur de remettre les choses a plat si necessaire (Beaba de toute negotiation).Sarko s'etant illustre en tres bon caniche de Berlin, n'est sans doute pas l'homme de la situation, il faudra attendre un femme.
RépondreSupprimerOui, mais le terrorisme médiatico-politique est tel que ce ne sera pas Marine en 2017...mais plutôt Marion en 2022...
SupprimerLes élus européens ne manquent pas "de couilles" !
SupprimerIls sont d'accord à 150 % avec les dogmes ultra-capitalistes, notamment l'austérité.
C'est pour cela qu'ils négocient avec force et détermination... mais une direction totalement opposée à celle que vous souhaitez, Lowcarber.
@Laurent Pinsolle,
RépondreSupprimer"Allo, la Kommandatur?"
Décidément, le Boche ne changera JAMAIS! Après les propos de Juncker, W.Schäuble en remet une couche.
Vous oubliez l'essentiel, dans votre article: les propos du ministre des Finances allemands sont inadmissibles en ce qu'ils constituent une atteinte intolérable A NOTRE SOUVERAINETE! C'est première chose qui me vient à l'esprit. Pour un adepte de la souveraineté nationale, je suis étonné que vous ne l'ayez pas souligné...
Et surtout, elle montre que la démocratie, en Allemagne, est un produit d'importation: il ne faut pas oublier que les Allemands se sont battus jusqu'au bout pour sauver le régime nazi.
Ces rappels historiques pour vous dire qu'au contraire de bien des pays, nos voisins (j'ai failli écrire..."nos occupants") sont capables d'aller jusqu'au bout d'une logique mortifère...
Mais je serais injuste d'oublier ceux qui ont laissé l'Allemagne faire, à commencer par la France: quand je vois la veulerie de nos dirigeants depuis trente ans à l'égard de ce pays, je ne peux m'empêcher de penser qu'à cause de la défense de leurs intérêts et leurs idéaux anti-nationaux, pour ne pas dire anti-français, ils n'ont cessé de désarmer notre pays, un peu comme en...1940! Les propos de M.Sapin sont à cet égard, indigents et choquants: face à Schäuble, il parle d'amitié! Et pourquoi pas de collaboration, tant qu'à faire?
Et bien, l'histoire est un éternel recommencement, on dirait, et c'est cela que l'UE n'a fait que révéler: à quand une réaction patriotique face à l'agressivité allemande et à l'abdication de nos élites et représentants?
CVT
Pour une fois, je crois qu'il faut voir là, plutôt que l'arrogance allemande, le mépris de toute la classe politique européenne pour les peuples et pour la démocratie. Pour expliquer le vote FN, Hollande n'a-t-il pas lui-même dénoncé « La lenteur du Parlement. Six mois voire un an pour faire voter une loi, c'est trop long » (feed://www.marianne2.fr/xml/syndication.rss) ?
RépondreSupprimerGuadet
Faudrait lui rappeler qu'il a été député pendant 20 ans. Donc, sans même juger le fond du propos, y a deux possibilités pour juger de l'imbécillité de dire ça :
Supprimer- ou il ne s'en est pas rendu compte avant et alors c'est pas une flèche
- ou il s'en est rendu compte et alors il a eu le temps de réfléchir à comment changer ça. Comme il est président et qu'il ne le fait pas, on peut en conclure que c'est pas une flèche.
@bip20 avril 2015 19:30
SupprimerIl a malheureusement dit qu'il s'en occuperait en 2016 (http://www.francetvinfo.fr/politique/francois-hollande/l-interview-de-francois-hollande-sur-canal-en-cinq-citations_881039.html#xtor=AL-67).
Pour moi, "Six mois voire un an pour faire voter une loi", ça me semble plutôt court si on veut faire quelque chose de sérieux. Mais il fallait faire croire que les résultats catastrophiques sont dus au manque de rapidité des réformes libérales et non à ces réformes elles-mêmes. En fait Hollande a simplement voulu donner une version nouvelle de "Il faut donner du temps au temps" qui sert depuis Mitterrand dans la pure tradition soviétique.
Guadet
@Laurent,
RépondreSupprimerJe suis votre blog depuis pas mal de temps et je suis d'accord sur le fond avec vous concernant cet article.
Cependant, quand on voit la médiocrité des parlementaires français sur des sujets comme la loi renseignement, j'en viens à me demander si le peuple est réellement représenté par les députés et autres élus.
Il est hallucinant de voir si peu de parlementaires et si peu NON pour une loi qui vient à hanniler la vie privée, de la bouche même de Caseneuve.
C'est sûr que la France coloniale ou Napoléonienne n'a jamais été impérialiste, n'a jamais envahi des pays proches ou lointain, seuls les allemands l'ont fait... La France à l'histoire blanche comme neige telle que nous la racontent les commentateurs ici est une belle imposture.
RépondreSupprimerVous avez parfaitement raison, et pour exemple prenons celui de l'Espagne envahie par Napoléon, ce dernier eut l'idiotie abolir l'inquisition...et oui en 1800 il y avait encore une inquisition en Espagne et dès que Bonaparte fût chassé, les espagnols la rétablirent...quel progrès et quelle sauvagerie de la part de la France...
Supprimer"...prenons celui de l'Espagne envahie par Napoléon, ce dernier eut l'idiotie abolir l'inquisition...et oui en 1800..."
SupprimerEt rétabli l'esclavage aboli en 1793-1794 !!! Hé oui, effectivement, quel progrès de la part du petit Corse !!! Sans compter la remise en place du statut permanent de mineure pour les femmes alors que ce statut avait (un tout petit peu) progressé depuis 1789... Quel progrès ! Effectivement...
Schäüble et Herblay ont tort sur un point, la France est bien moins démocratique que l'Allemagne dont les dirigeants doivent passer bien plus fréquemment devant le Bundestag pour faire voter leurs choix, bien loin du présidentialisme français qui se permet d'outrager assez fréquemment le principe démocratique. La cinquième république et sa manie archaïque du président providentiel guide de la nation est une fumisterie loin d'être exemplaire.
RépondreSupprimer1) Michel Sapin et Emmanuel Macron sont des amis de Wolfgang Schäuble,
RépondreSupprimer2) Ils ont réussi à le convaincre de la prétendue "nécessité" de réformer le marché du travail français dans le même sens qu'en Espagne,
3) Ils regrettent de ne pas avoir réussi à en convaincre l'opinion publique et le Parlement français.
La première hypothèse qui vient à l'esprit est que l'opinion publique et le Parlement français connaissent beaucoup mieux le marché du travail en France que M. Schäuble, raison pour laquelle seul ce dernier s'est laissé intoxiquer par les mensonges de Sapin et Macron.
Oui mais si Schäuble est de bonne foi, alors comment expliquer qu'il fasse l'apologie des réformes qui ont été menées en Espagne, avec les terribles conséquences que l'on sait ? Faut-il admettre que Schäuble est un authentique ennemi du peuple français au même titre que Sapin et Macron ?
Ivan
Ce Monsieur souffre d'amnésie pour nous donner ainsi des leçons. Son passé indique clairement que le respect et la promotion de la démocratie ne sont pas sa préoccupation première et qu'il a une conception bien à lui de l'honnêteté. Il faudrait lui rappeler son démission à la fin des années 90 suite à l'affaire des caisses noires de la CDU. Ils sont incroyables, ces politicards, dévoués au point de continuer à se dévouer pour l'intérêt général à près de 73 ans malgré une mémoire défaillante.
RépondreSupprimerDemOs
Et, pendant ce temps, pendant que la plèbe doit se serrer encore et encore la ceinture (marrant : pas entendu MLP, Dati ou E. Martin protester)... :
Supprimerhttp://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article28346
(Sur Médiapart, le texte est réservé aux abonnés)
En 1940, l'attitude du patronat français et de ses politiciens aurait été dite "de collaboration" et les séides du FN traités de terroristes....l'histoire est un éternel recommencement, et le loup a beau se draper d'une peau de mouton, l'impérialisme allemand est toujours à la manoeuvre, car n'en déplaise aux théoriciens ce ne fût pas le nationalisme allemand qui fût à l'origine des deux guerres, ce fût son impérialisme...
RépondreSupprimerAxel
RépondreSupprimerCe ne fût pas le nationalisme français qui fût à l'origine des guerres napoléoniennes, mais son impérialisme.
"Vous avez parfaitement raison, et pour exemple prenons celui de l'Espagne envahie par Napoléon, ce dernier eut l'idiotie abolir l'inquisition...et oui en 1800 il y avait encore une inquisition en Espagne et dès que Bonaparte fût chassé, les espagnols la rétablirent...quel progrès et quelle sauvagerie de la part de la France..."
Ah voilà un bel argument, la France civilisatrice justifiée d'envahir un pays et de massacrer sa population au nom des lumières. Et après, le gus se revendique souverainiste. Ca vous fait pas mal de raconter des énormités pareilles ?
Wolfgang Schäuble à propos de l'Espagne :
RépondreSupprimer"Spanien wurde dazu übrigens gezwungen von den Institutionen, die wir Troika nannten."
L'Espagne y a été d'ailleurs contrainte (aux réformes du marché du travail) par les institutions que nous appellons Troïka.
http://www.deutschlandfunk.de/frankreich-veraergerung-ueber-schaeuble-kommentar.1783.de.html?dram:article_id=317429
Quel aveu ! Cela veut dire que la démocratie n'a pas été respectée.
La duplicité de Sapin, Macron (et on pourrait sûrement allonger la liste) est démasquée. D'un côté ils invoquent les exigences européennes pour justifier les réformes dont les français ne veulent pas. De l'autre ils supplient nos partenaires européens de bien vouloir aggraver leurs exigences contre le peuple français.
Ivan
Si Schaüble se permet ce genre de propos c'est qu'il y a des responsables "français" qui le rende possible.
RépondreSupprimerDepuis le 29 mai 2005 nous savons que l'UE n'est pas une construction démocratique avec la complaisance de toute la classe dirigeante "française".
Il y a quelques années l'ancien Chancelier Helmut Schmit avait rappelé que quand l'Allemagne se mêle de dicter sa loi en Europe cela se termine toujours mal. Les propos de Schaüble ne sont qu'un exemple de cette Europe sous tutelle voire férule allemande. Emmanuel Todd affirme que le meilleur service à rendre à l'Allemagne est de lui résister et de lui dire Non.
Je suis bien d'accord pour dénoncer la duplicité de ces crapules socialos. Quand on pense qu'un ignare comme Mosco va donner des leçons à la Grèce ou qu'un clown comme Sapin est ministre, la preuve est faite que le système est foutu. Cela s'appelle la force de la preuve.
SupprimerDemOs
Sur le site lecontrarien.com, Charles SANNAT écrit :
RépondreSupprimerCelui qui va vous parler de l’empire américain, c’est George Friedman, fondateur et PDG de Stratfor qui est une société « privée » américaine que l’on pourra qualifier de très proche de la CIA pour rester sobre.
Je vous invite donc à prendre moins de 12 minutes de votre temps quand vous le pourrez pour comprendre la stratégie de l’Empire. C’est un empire qui n’est pas sympathique, pas parce qu’il est méchant en soi, mais parce qu’il ne regarde que ses propres intérêts. Or leurs intérêts et les nôtres, souvent similaires, peuvent aussi être divergents.
Ces divergences et les conséquences de ces divergences font peser sur notre pays, la France, des risques considérables, que vous pouvez voir par exemple dans l’affaire des navires Mistral devant être vendus à la Russie, ou de façon plus générale des tensions avec la Russie qui n’est en aucun cas notre ennemi mais le rival des Américains.
Les conséquences de ces divergences sont également économiques avec la crise de l’euro, le système financier, boursier et monétaire avant tout dominé par l’Empire qui s’en sert comme d’une arme de soumission des peuples et des nations, non pas pour votre bien… mais pour son propre profit.
C’est exactement cela qu’explique George Friedman. Il n’y a pas à lui en vouloir pour la simple raison qu’il agit en tant qu’américain pour favoriser les intérêts américains, et maintenir la domination américaine.
Le problème n’est pas tant les Américains que nous-mêmes. À nous d’agir en tant que Français pour sauvegarder les intérêts français.
Il n’y a, dans mes propos, pas plus de racisme que d’anti-américanisme primaire, il n’y a que du bon sens et une idée aussi vieille que celle de Machiavel dans Le Prince… la raison d’État et l’idée que l’on se fait des intérêts supérieurs de notre nation et de l’Europe qui nous entoure.
La vidéo dure 11 minutes 19 :
https://www.youtube.com/watch?v=qM8nYBnlBmU
@ Lowcarber et Axel
RépondreSupprimerElles sont sans doute prêtes à enfourcher le discours austéritaire si elles pensent que cela peut les servir…
@ CVT
Votre lecture est un peu rapide pour juger que j’oublie la souveraineté. C’est le sens de mon premier argument et je dénonce l’impérialisme de cette attitude.
@ Guadet
Le détachement du peuple se poursuit en effet
@ Maxime
Très juste. Papier demain sur le sujet. Le fond n’intéresse pas le PS et l’UMP
@ Anonyme
Pas faux sur les affaires allemandes en Allemagne. Il faut noter que la cour de Karlsruhe a une vision des choses sans doute plus démocratique. Et la nécessité de faire voter certains plans de soutien est plus démocratique également. En revanche, si l’Allemagne respecte mieux sa démocratie interne, elle est un peu cavalière avec celle des voisins…
@ Ivan
Bien vu. Merci pour les précisions
@ BA
Pas le temps de regarder malheureusement. A priori, je n’adhère pas aux thèses complotistes